Une lettre de la communauté canadienne de l'investissement en démarrage
En soutien aux recommandations de l'Organisation nationale du capital de risque providentiel (NACO) concernant l'enveloppe de 750 M$ pour les premières étapes de croissance dans le cadre de l'engagement de 1,75 G$ du Budget 2025.
Objet : Déploiement de l'enveloppe de 750 M$ pour les premières étapes de croissance, dans le cadre de la Stratégie de capital de risque de 1,75 G$ du Budget 2025.
Monsieur le Premier ministre Carney, Monsieur le Ministre Champagne, Madame la Ministre Joly,
Nous sommes les investisseurs providentiels, les groupes d'investisseurs providentiels, les fonds de préamorçage et d'amorçage, les studios de création d'entreprises et les organisations d'investissement aux premières étapes de croissance du Canada. Nous nous exprimons d'une seule voix, avec un seul objectif : vous exhorter à déployer la totalité de l'enveloppe de 750 M$ pour les premières étapes de croissance aux étapes du préamorçage et de l'amorçage, conformément à la recommandation de l'Organisation nationale du capital de risque providentiel (NACO) dans son livre blanc Seeding Growth: The Case for Early-Stage Capital in Canada's $1.75B Venture Strategy (31 mars 2026).
L'Organisation nationale du capital de risque providentiel (NACO) constitue l'infrastructure nationale du Canada pour le capital aux premières étapes de croissance. Fondée en 2002, la NACO fait preuve d'un leadership constant et possède une feuille de route de longue date à titre de gardienne de l'investissement providentiel au Canada. Depuis plus de deux décennies, la NACO est une partenaire de confiance du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux, entretenant notamment des relations de travail étroites avec les gouvernements de l'Alberta, de la Colombie-Britannique, de l'Ontario, du Québec et du Yukon. La NACO représente plus de 4 000 investisseurs individuels et agit comme l'organisation nationale de référence pour plus de 100 organisations membres.
Les organisations signataires appuient l'Organisation nationale du capital de risque providentiel dans ses recommandations et soutiennent les données probantes, l'analyse et la conception de programme présentées dans son livre blanc. Ensemble, nos membres ont déployé des centaines de millions de dollars de capital de risque dans des milliers d'entreprises canadiennes. Nous connaissons cet écosystème de l'intérieur, et nous savons ce dont il a besoin aujourd'hui.
Un moment décisif pour une génération
Le Canada se trouve à un point déterminant pour son économie de l'innovation. Les choix faits au cours des prochaines semaines façonneront la prochaine décennie de création d'entreprises, de leadership technologique et de souveraineté économique. La Stratégie de capital de risque de 1,75 G$ du Budget 2025 représente un engagement substantiel. Le volet institutionnel de 1 G$ répond aux besoins de capacité aux stades ultérieurs, et ce mandat compte. Mais les 750 M$ restants, l'enveloppe pour les premières étapes de croissance, constituent l'élément qui déterminera si la stratégie d'ensemble réussit ou s'enlise.
Déployés aux toutes premières étapes, les 750 M$ alimentent le bassin d'entreprises canadiennes dont dépendent chaque fonds en aval, chaque investisseur institutionnel et chaque programme destiné au stade de croissance. Déployés ailleurs, ils laissent intacte la faiblesse structurelle à la racine de notre écosystème et garantissent que le gouvernement sera de nouveau appelé à intervenir dans quatre ans, pour soutenir à bout de bras une autre cohorte d'entreprises sous-capitalisées. Les pays qui réussissent dans ce domaine, comme les États-Unis et, de plus en plus, l'Union européenne, ne cherchent pas à deviner les gagnants. Ils financent des milliers de tentatives, sachant qu'une poignée d'entre elles définiront des industries entières. C'est ce qui stimule la croissance, attire le capital et bâtit une force économique durable. L'avantage du Canada ne viendra pas du rétrécissement du champ. Il viendra de son élargissement.
Les données probantes
Le livre blanc de la NACO, fondé sur une analyse conjointe avec Startup Genome portant sur environ 65 000 rondes de financement dans des écosystèmes canadiens et des écosystèmes américains comparables, documente un manque structurel qu'il n'est plus possible d'ignorer :
- Au stade de l'amorçage, les jeunes entreprises canadiennes obtiennent des rondes de financement 40 % plus modestes que celles de leurs homologues américaines, mettent cinq mois de plus à les conclure et accèdent à un entonnoir d'amorçage 20 % plus étroit.
- Le manque de financement annuel documenté aux premières étapes de croissance s'élève à 323 M$ US, soit plus de 1,6 milliard de dollars sur cinq ans.
- Seulement 22 % des jeunes entreprises canadiennes de niveau 1 financées à l'amorçage accèdent à une ronde de série A, contre 28 % pour leurs équivalentes américaines de niveau 1. Les trois principaux écosystèmes du Canada ont perdu 66 milliards de dollars US en valeur d'écosystème de jeunes entreprises sur cinq ans.
- Les jeunes entreprises canadiennes nativement axées sur l'IA mobilisent environ deux fois moins de capital à l'amorçage que leurs homologues américaines, et mettent 31 % plus de temps à conclure leurs rondes. Dans un secteur où la rapidité est déterminante, cet écart est existentiel.
- Investissements RPC alloue désormais 47 % de son portefeuille à des actifs américains et seulement 12 % au Canada, la plus faible part nationale de son histoire. Une décennie de PACR et d'ICCRC n'a pas inversé cette tendance. La mise à l'échelle des seuls véhicules de stade ultérieur ne produira pas les rendements nationaux nécessaires pour attirer le capital institutionnel canadien. Un bassin profond et bien capitalisé, lui, le fera.
L'investissement aux premières étapes de croissance est également le domaine où le Canada possède un avantage structurel. Le préamorçage et l'amorçage sont hyperlocaux, à haut risque et fondés sur les relations. C'est là que se décide la propriété nationale, que s'écrivent les structures de capitalisation qui ancreront les futurs champions du Canada, et que la souveraineté économique se bâtit ou se cède en silence.
Nous appuyons sans réserve les deux recommandations de la NACO
Nous appuyons collectivement les recommandations de la NACO concernant l'enveloppe de 750 M$. Ces recommandations sont issues d'un processus de consultation nationale de neuf mois mené par l'industrie auprès de plus de 250 leaders de l'écosystème, et étayées par la recherche et les données présentées dans le rapport de la NACO et de Startup Genome sur les manques de financement au Canada.
Recommandation 1 — Programme de fonds de contrepartie pour les premières étapes de croissance (500 M$). Un programme concurrentiel, fondé sur la participation au capital, fonctionnant selon un ratio de levier privé-public de 2:1, qui mobilise 1 milliard de dollars supplémentaire en investissement privé, rejoint de 500 à 1 000 entreprises canadiennes et est conçu pour combler les manques les plus pressants : 60 % aux secteurs stratégiques (IA, quantique, aérospatiale et défense, sciences de la vie, fabrication de pointe, énergie propre), 30 % aux régions non urbaines, 15 % aux gestionnaires de fonds émergents.
Recommandation 2 — Initiative de financement de l'infrastructure pour les premières étapes de croissance (250 M$). Un investissement opérationnel sur cinq ans dans la couche fondamentale des groupes d'investisseurs providentiels, des studios de création d'entreprises et des fonds de capital de risque de préamorçage et d'amorçage du Canada. Cette initiative vise à renforcer 125 organisations d'investissement aux premières étapes de croissance, à intégrer 10 000 nouveaux investisseurs actifs et commanditaires nets, à soutenir le financement de 5 000 entreprises au préamorçage et à l'amorçage, et à générer un effet multiplicateur de mobilisation de capital privé de 5 pour 1 par dollar public.
Ensemble, ces piliers comblent le manque structurel documenté de 1,6 G$ US et bâtissent la profondeur de bassin qui génère de meilleurs rendements à chaque stade subséquent. Ils ne sont pas en concurrence avec le volet institutionnel de 1 G$. Ils en sont la condition de réussite.
Les réseaux canadiens d'investisseurs providentiels et d'investissement aux premières étapes de croissance sont présents dans toutes les régions du pays. Ces organisations locales savent comment déployer ce capital, attirer des dollars privés à ses côtés et renforcer l'infrastructure qui en assure la pérennité.
Nous vous demandons de donner suite aux recommandations de la NACO avec la détermination et l'urgence que ce moment exige. L'économie de l'innovation du Canada n'a pas besoin de demi-mesures. Elle a besoin d'une action audacieuse qui produira un changement réel, qui créera un environnement où les entrepreneurs peuvent lancer et faire croître des entreprises concurrentielles à l'échelle mondiale, et qui fera en sorte que les fondateurs, le talent et le capital nécessaires à la construction de ces entreprises choisissent de rester et de croître au Canada.
Veuillez agréer l'expression de notre haute considération,
Signer la lettre
Signataires
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